Anniversaire de Jean-Bertrand Aristide
Haïti vit dans la peur!
Posté: 2005 Juin 27 - 11:29
• À quelques jours de l’anniversaire de naissance de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, la population de Port-au-Prince retient son souffle, sachant qu’à l’approche de cette date, la terreur pourrait atteindre de nouveaux sommets.
Et le remaniement ministériel récent n’y changera rien, pas plus que la décision du Conseil de sécurité, prise le 22 juin, de proroger le mandat des forces de l’ONU pour une période de huit mois.
Le Conseil de sécurité a décidé d’augmenter les effectifs de la force de stabilisation de 800 hommes et de 275 policiers. Trop peu, trop tard soutiennent plusieurs observateurs bien informés.
Parmi eux, la journaliste Nancy Roc, qui a dû fuir Port-au-Prince, il y a dix jours, après avoir été prévenue de son enlèvement imminent.
L’animatrice du magazine Metropolis, de la station de radio privée Radio-Métropole, est catégorique: Haïti est «dans une situation inextricable» qui ne peut «que déboucher sur l’horreur».
Lecture erronée
Le pire, ajoute la journaliste, c’est que la communauté internationale a une lecture totalement erronée de la situation. Si elle refuse de faire une comparaison avec le Rwanda parce que la situation n’est pas la même, elle compare l’état du pays à ce qui s’est produit en Somalie, il y a une quinzaine d’années.
«À moins d’un miracle», dit la journaliste jointe à Miami, la situation ne peut que déboucher sur «un massacre inédit».
Ses inquiétudes sont partagées par nul autre que Bernard H. Gousse, le ministre sortant de la Justice et de la Sécurité publique.
Le 23 juin dernier, alors qu’il transférait ses pouvoirs à son remplaçant, M. Gousse indiquait que le gouvernement doit faire face, depuis février, «à une véritable entreprise terroriste, organisée hiérarchiquement, planifiée, armée, soutenue financièrement de l’extérieur ou par les kidnappings».
«Tout est prêt pour un grand soir funeste qui verrait consumer en un immense brasier et les vies et les biens.»
L’ancien ministre n’est pas tendre envers les forces de l’ONU. Ce qu’il faut en Haïti, c’est un personnel onusien déterminé, rappelait-il en substance, signalant que les mises en garde répétées aux dirigeants des forces n’ont pas donné de résultats. Et l’ancien ministre est catégorique: «Moi, je crains un massacre à la rwandaise», ajoutait-il en disant espérer quand même que les choses s’améliorent.Les Blancs: des cibles commodes pour les ravisseurs Il a dix ans. Il a été enlevé. Pour de l’argent. Pas beaucoup, car ses parents sont très pauvres. Et ils l’ont fait savoir aux ravisseurs du gamin. Pas moyen pour eux de payer la rançon exigée. Les ravisseurs ont crevé les deux yeux du petit et l’ont renvoyé chez lui.
C’était la semaine dernière, à Port-au-Prince. Les ravisseurs réclamaient quatre dollars. Même américains, ça ne fait pas beaucoup.
Au même moment, Mme Huguette Goulet se faisait enlever et on lui chauffait les genoux et les orteils. On l’a libérée après paiement d’une rançon.
Un mois plus tôt, un autre Montréalais a été enlevé. Il a aussi été libéré après paiement d’une rançon.
Encore cette semaine, la directrice des douanes haïtiennes, Mariette Thomas, et son adjointe ont été enlevées. La directrice a été libérée. L’adjointe a dû attendre. Il se commet entre quatre et 10 enlèvements par jour, selon les experts.
Ces gens n’ont rien en commun. Les Blancs semblent des cibles commodes, probablement parce qu’ils ont accès à un peu d’argent… Les bourgeois haïtiens aussi.
Ce qui semblait au départ le fait de bandits de grand chemin prend maintenant une autre allure.
Déstabilisation Les commentaires qui fusent de toutes parts convergent tous vers le même point: on assiste en Haïti à une opération de déstabilisation coordonnée qui vise à miner le processus électoral favorisé par la communauté internationale.
Laquelle communauté, d’ailleurs, se soucie finalement bien peu de ce qui se passe en Haïti puisque sur les 4,5 millions d’électeurs potentiels, il y a à peine 180 000 personnes enregistrées à ce jour.
Or, les premières élections (municipales) doivent avoir lieu en septembre. En octobre, ce seront les élections législatives. Et pour simplifier toute l’affaire, en novembre, il y aura les élections présidentielles…
Pendant ce temps, sur le terrain, il y a une autre réalité à laquelle on n’échappe pas. Depuis le départ d’Aristide, c’est 50 000 emplois qui ont disparu.
Plusieurs entrepreneurs ont déplacé leurs activités vers la République dominicaine ou les États-Unis. |